
Pour Noël, Skrillex sortait un EP et appelait son public désargenté à le pirater, les autres pouvant toujours lâcher quelques euros sur Beatport. Dans quelques semaines ce Bangarang sortira en physique et pas sûr qu’on ne l’ait pas déjà zappé.

« SKRILLEX C LE FUTURE » Anonyme
Certes, critiquer la dernière sortie de l’alien émo superstar de la planète électro revient à tirer au bazooka sur une ambulance, facile, trop propice à la mauvaise foi, voire au dérapage stérile et débat intergénérationnel entre vieux cons accrochés à leur minimale et kids à une décérébration avide de révolution en direct download.
On aurait pu s’arrêter au titre d’intro de ce Bangarang. Simple, presque minimaliste vu la suite. Puis broder sur le reste. Mais non…

« Le cubisme fait musique, Skrillex est le Phil Spector du nouveau siècle » Anonyme
Skrillex, c’est le futur mais version Terminator, une nouvelle victoire de la technique sur un humain béat et trop content de passer le relais. Un genre nouveau aux origines différant radicalement de la techno traditionnelle. Une piste : les années 2000 et des formations telles que Limp Bizkit, Korn ou Linkin Park. Les guitares avaient sept cordes mais les chansons tenaient sur deux doigts, tout était question de multi-effets et de course à la prod’ qui tabassait le plus. « L’émotion » était alors plus ou moins grossièrement assignée à un chant assuré par des trentenaires ruminant leurs adolescences de souffre-douleur. Histoire de ferrer un peu plus l’analogie, le groupe Korn se considère aujourd’hui comme précurseur de cette variante très énervée du dub step.
L’émo et le screamo ont ensuite fait leur temps, un tsunami euro dance a englouti les charts US. Suite logique: les années 2010 ont Skrillex, ses machines et ses programmes complexes, son look émo et son trauma adolescent, et tout ses followers producteurs de Bro Step basique (du dub step mais with no soul), prêts à remplir des stades maquillés en rave parties sous haute surveillance du big business du divertissement (ses entrées hors de prix, l’impression du même Luna Park mondial).

“And to me, that is a million miles away from where dubstep started. It’s a million miles away from the ethos of it. It’s been influenced so much by electro and rave, into who can make the dirtiest, filthiest bass sound, almost like a pissing competition, and that’s not really necessary.” James Blake
Impossible de nier que Skrillex a su développer son style, voire un nouveau genre de son, poussant très loin les techniques les plus modernes pour des déconstructions de l’extrême. Mais, ce qui nous sidère le plus, c’est surtout son talent unique pour créer du paradoxe. Car malgré les coups de boutoirs à 220bpm, son ambiance roulette de dentiste sous ecstasy, ce Bangarang s‘apparente à une nouvelle forme de soupe FM (du futur). Une sorte d’easy listening atteinte du syndrome de Gilles de la Tourette.

“one of the greatest works of art ever made” Kanye West
Sur ce nouvel EP, la musique de Skrillex bouffe en effet à tout les râteliers de l’electronica, systématisant à chaque seconde et sans contraste ses déconstructions de wobles et ses grosses montées bloghouse. Ces coups de butoirs hallucinés, le producteurs les enrobent bien comme il faut, ajoutant à ces productions samples de voix R’n’B, partition reggae et proto-riffs de hard FM (The Devil’s Den), gros rap qui tache sur claviers samplés chez les Doors (Break’n Sweat) et j’en passe… Car rien n’est trop calorique pour Skrillex et sa junk food électronique semble bricolée au mètre.
Le producteur pense aussi aux BO des prochaines productions Besson avec pour exemple le plus flagrant cette atmosphère « urbaine, cosmopolite et post-moderne » parcourant ce Kyoto et son clavier oriental complètement cheesy, ses amorces rythmiques de kuduro et son featuring de rappeuse peu inspirée. Kitsch donc comme un « Yamakasi 4 : Parkour du Futur ».

A force de stakanovisme effréné, Skrillek transforme donc peu à peu sa révolution musicale en performance technique répétée à la chaîne, ce Bangarang n’apportant rien de plus, hormis quelques ambiances bien faiblardes. De quoi lasser même les plus gros fans.
Chronique par Alex B
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